Éducation & Territoire

Carte des régions :
où réussit-on le mieux
le bac en Tunisie ?

Un écart de plus de 31 points sépare la région championne de la lanterne rouge. Plongée dans les fractures éducatives d'un pays à deux vitesses.

📅 Basé sur les données 2022 – 2025 📊 Source : Ministère de l'Éducation Tunisien 🎓 Session principale
55,75%
Sfax 1 — champion 2025
24,53%
Kasserine — taux le plus bas
37,08%
Moyenne nationale 2025
+31 pts
Écart max entre régions
144 858
Candidats présents 2025

Chaque année, lorsque les résultats du baccalauréat tombent, la même cartographie se dessine : Sfax règne, les gouvernorats du littoral centre tiennent la tête et les régions de l'intérieur — Kasserine, Gafsa, Jendouba — ferment la marche. Mais derrière ces chiffres se cache une réalité bien plus complexe que le simple mérite scolaire.

En croisant les données officielles du Ministère de l'Éducation sur les sessions 2022 à 2025, un portrait s'impose : celui d'une Tunisie éducativement fracturée, où la géographie est souvent plus déterminante que le talent.

🏆 Classement des gouvernorats — Session principale 2025

Taux de réussite à la session principale du baccalauréat tunisien 2025

1 🥇 Sfax 1
55,75 %
2 🥈 Sfax 2
54,89 %
3 🥉 Médenine
50,75 %
4 Ariana
47,95 %
5 Mahdia
47,12 %
6 Tunis 1
46,85 %
7 Sousse
46,68 %
8 Monastir
44,10 %
9 Nabeul
41,20 %
10 Bizerte
39,30 %
11 Tunis 2
38,50 %
12 Béja
37,10 %
13 Kef
35,80 %
14 Siliana
34,50 %
15 Tozeur
33,20 %
16 Zaghouan
31,19 %
17 Kairouan
31,54 %
18 Jendouba
28,26 %
19 Gafsa
28,02 %
20 🔴 Kasserine
24,53 %

🗺️ Carte de la réussite

Visualisation schématique par niveau de performance — données 2025

Excellent (+45%)
Bon (38–45%)
Moyen (32–38%)
Faible (−32%)
Données partielles

TUNISIE — TAUX DE RÉUSSITE AU BAC PAR GOUVERNORAT (SESSION 2025)

Bizerte 39,3 % Ariana 47,9 % Tunis 1 46,9% Tunis 2 38,5% Nabeul 41,2 % Ben Arous 37,5 % Zaghouan 31,2 % Jendouba 28,3 % Béja 37,1% Siliana 34,5 % Le Kef 35,8 % Sousse 46,7 % Monastir 44,1 % Mahdia 47,1 % Kairouan 31,5 % ★ Sfax 1 55,8 % ★ Sfax 2 54,9 % Kasserine 24,5 % Sidi Bouzid 30,0 % Gafsa 28,0 % Gabès 38,9 % Médenine 50,8 % Tataouine 33,0 % Tozeur 33,2 % Kébili 33,0 % Sfax Est N 100 km (approx.)

📍 Trois Tunisies éducatives

🌊

Le Sahel et Sfax — Le pôle d'excellence

Sfax, Sousse, Monastir, Mahdia : ces gouvernorats du littoral centre concentrent les meilleurs résultats. Sfax domine de manière incontestée depuis des années, portée par une culture locale de l'éducation, un tissu économique dense et un fort investissement familial dans la scolarité.

🏙️

Le Grand Tunis — Bon mais hétérogène

L'Ariana et Tunis 1 affichent de belles performances (≥ 46 %), mais Ben Arous et Tunis 2 restent dans la moyenne nationale. La métropole est un miroir des inégalités sociales : entre lycées huppés et établissements défavorisés, les écarts sont criants au sein même de la capitale.

🏔️

L'intérieur — Le désert éducatif

Kasserine, Gafsa, Jendouba, Kairouan : ces régions encaissent les taux les plus bas depuis une décennie. Chômage, manque d'enseignants qualifiés, infrastructures déficientes et exode des cadres forment un cocktail difficile à renverser sans politique structurelle volontariste.

"À Sfax, le bac se prépare en famille depuis la 6e. Ailleurs, certains élèves n'ont même pas accès à des manuels complets."
— Témoignage d'un enseignant de lycée, gouvernorat de Kasserine

La suprématie de Sfax : mythe ou réalité ?

Ce n'est pas un accident. Sfax truste la première place depuis au moins cinq ans consécutifs, avec des taux de réussite dépassant systématiquement 54 %. Les raisons sont multiples et bien documentées : une tradition familiale d'investissement scolaire, un réseau d'enseignants particuliers très développé, des associations de parents actives et une culture locale du mérite.

Les résultats de 2024 confirment la tendance : Sfax 2 en tête (63,39 %), Sfax 1 en deuxième (62,63 %), suivis de Monastir, Mahdia et Sousse — toujours les mêmes. La même carte, presque à l'identique, d'une année à l'autre.

La surprise Médenine

Le gouvernorat du sud-est fait figure d'exception dans le classement 2025, en se hissant à la 3e place nationale avec 50,75 %, dépassant des gouvernorats comme Tunis ou Sousse. En 2024, Médenine avait également enregistré le taux le plus élevé dans la section économie et gestion. Un phénomène à analyser : dynamisme des établissements locaux ? Forte motivation liée aux perspectives de mobilité ? L'exception mérite une étude approfondie.

L'intérieur en crise structurelle

Kasserine (24,53 %), Gafsa (28,02 %), Jendouba (28,26 %) : ces chiffres ne sont pas des accidents de parcours mais le reflet d'une crise structurelle profonde. Le manque d'enseignants qualifiés dans ces zones fait qu'un lycéen de Kasserine ne bénéficiera pas des mêmes cours ni des mêmes ressources qu'un élève de Sfax ou de Sousse.

L'écart entre le meilleur et le pire taux régional atteint plus de 31 points de pourcentage en 2025 — un gouffre qui ne se comble pas par la seule volonté individuelle.

🔍 Pourquoi ces écarts persistent-ils ?

Les 5 facteurs structurels derrière les inégalités régionales

1

Inégalité d'accès aux enseignants qualifiés

Les régions intérieures peinent à attirer et retenir les bons enseignants, préférant les postes du littoral. Certains lycées de l'intérieur ont des classes sans titulaire pendant des mois.

2

Capital culturel familial et aspirations scolaires

Dans les régions à forte tradition éducative (Sfax, Sahel), le soutien parental, les cours particuliers et l'entourage valorisant les études jouent un rôle décisif dès le collège.

3

Infrastructure et ressources scolaires

Bibliothèques, connexion internet, laboratoires de sciences : les équipements sont inégalement répartis. Les élèves de l'intérieur accèdent moins aux ressources numériques et pédagogiques.

4

Pauvreté, travail des mineurs et déscolarisation précoce

Dans certaines régions rurales, des lycéens doivent aider leur famille économiquement. Le travail saisonnier ou informel empiète directement sur les révisions et l'assiduité.

5

Effet de réseau et de réputation des lycées

Les établissements réputés attirent les meilleurs élèves et les meilleurs enseignants, créant un cercle vertueux difficile à briser. Les lycées pilotes concentrent l'élite scolaire dans quelques villes.

Et pour 2026 ?

La session 2026 du baccalauréat se profile sur le même fond de tensions. Les mesures annoncées par le Ministère de l'Éducation — allègement des programmes en économie-gestion, lettres et sciences expérimentales — pourraient bénéficier à toutes les régions, mais les inégalités structurelles, elles, ne se décréteront pas.

Tant que la qualité de l'éducation reste tributaire du code postal, la carte de la réussite au bac tunisien continuera de ressembler, année après année, à la même image : un littoral florissant, un intérieur qui peine. Changer cette carte exige une volonté politique qui dépasse les simples ajustements de programmes.

Sources : Ministère de l'Éducation Tunisien — Sessions principales 2022, 2023, 2024, 2025.
Données relayées par Tekiano, WebManagerCenter, La Presse de Tunisie et BusinessNews.
Les données 2026 seront disponibles après la publication officielle des résultats.